Mel et Sev en Afrique de l'Ouest
1 passion commune, 2 voyageuses, 3 mois de préparation ... 123 c'est parti pour 4, 5 ou 6 mois d'aventures dans 7 pays d'Afrique ...

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Joyeuse année 2008!

 

Bonjour!

C'est avec cette belle photo prise le jour du réveillon de la Saint Sylvestre que nous venons vous souhaiter une très bonne année 2008!

Qu'elle soit remplie de découvertes, de joies et de surprises...

Bises,

 

Sev et Mel

 

 

PS: Nous vous remercions une nouvelle fois pour vos messages sur le blog et dans nos boîtes e-mail personnelles.



Publié à 01:47, le 18/01/2008
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Joyeux Noël à tous !

 

Nous vous souhaitons à tous un heureux Noël ! 

 

Pour nous, ce sera un Noël digne de notre périple puisque nous passerons cette nuit de fête entassées au milieu des sacs de manioc et des dindes (pas aux marrons mais bien vivantes !) dans un bus, comme d'habitude déglingué, entre le Niger et le Bénin !

 

Que le vôtre soit aussi rigolo !!

 

 



Publié à 08:12, le 24/12/2007
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Djenné, l'univers des enfants (du 12 au 15 novembre 2007)





Mon front me brûle, mon poult tape mes tempes à un rythme effréné, mes lèvres sont sèches, mes jambes manquent de me lâcher, mes épaules sont endolories ...


Mon voyage jusqu'à Djenné me parait plus qu'éprouvant dans ces conditions. Il faut d'abord marcher 20 minutes, chargées, sous la chaleur du zénith jusqu'à la gare routière, endurer les 4 ou 5H de bus sur une route pas toujours très en état mais heureusement goudronnée, attendre un long moment, au bord d'une piste sans le moindre centimètre carré d'ombre, qu'un 4X4 soit rempli pour repartir, réendurer bien 2H de secousses, entassés les uns sur les autres dans un bâché, passer un bac pour traverser le fleuve, reprendre le bâché, remarcher avec nos sacs jusqu'à l'auberge ...

A part cette succession d'étapes, je ne retiens pas grand chose de ce trajet entre Ségou et Djenné, car pour la première fois depuis mon départ, je suis malade ! Enfin arrivée à l'hôtel, mon thermomètre affiche 39,7° sur le mini écran digital. Il est 16h30. Je m'allonge et m'endors aussitôt. Un court réveil pour le repas du soir et je resombre dans un sommeil, je l'espère, réparateur !


Le lendemain, sur mes deux pieds, bien plus en forme, je descends deux à deux les escaliers qui mènent aux tables et chaises installées en bas de l'auberge, au milieu d'une espèce de petite place fermée, où trônent un bel arbre et la télé pour tout le quartier ! Comme je me sens vraiment mieux, après une longue pause café, nous partons, Séverine et moi, en direction de la place centrale ...


Nous sommes lundi. Jour du marché. La ville s’éveille à une animation sans retenue. Pour ce marché, les commerçants de toute la région se déplacent ! On a vu arriver, hier soir, des montagnes mouvantes de marchandises : en réalité des camions où des hommes perchés sur des piles de cartons cherchent à dénicher le lieu le plus stratégique pour exposer tout et n'importe quoi, comme sur la plupart des marchés africains : beignets, boules de céréales, poisson frit ou fumé, pâtes de maïs, sauces diverses, bassines, seaux (toujours à rayures très colorées), serviettes de bain, kleenexs, petites boites d’allumettes, sandales en plastique aux formes qui remontent vers les orteils, artisanat (batiks, bogolans, couvertures indigo, bijoux, statuettes, masques ...), etc.

Pour vendre, toute la famille est mise à contribution ! Les enfants, qui n'ont pas école le jour du marché, participent activement à ce commerce dans la rue en transportant notamment les marchandises dans des calebasses, des charettes, des chariots ...   Les femmes, souvent assises par terre, comptent leur monnaie derrière de grands paniers ou près de leur étalage qui s'étend à même le sol. Beaucoup des transactions se passent aussi en l'air, sur le crâne d'autres femmes qui portent de lourdes colonnes d'objets ou de nourriture ...  Au risque d'attraper un torticoli, il faut donc sans cesse lever et baisser la tête pour faire ses achats !

En passant à travers les étals alimentaires du marché, j'ai soudain des hauts le coeur. Perturbée par ma fièvre inexpliquée d'hier, j'arrive, en plus, à saturation de cette nourriture peu variée et pas franchement à mon goût ... En dehors des aliments à base de sorgho, de mil (qui sert à faire le coucous), de riz, de manioc et heureusement quelques fruits (pastèques, oranges, pommes, papayes, goyaves, mangues et bananes), il n'y a pas grand chose d'autres à se mettre sous la dent ...


Volontairement, Séverine et moi nous faufilons dans de petites ruelles étroites afin de retrouver un peu de calme. L'activité débordante du marché contraste avec la tranquilité des petits carrés de maison qui bordent le fleuve. Dans les cours intérieures que nous apercevons dans l'entrebaillement des portes des habitations en banco, des femmes s'affairent à la préparation du repas en pilant le mil à l'aide d'un large bâton qui vient frapper les graines de céréale dans un gros pot en bois.

Des ânes gris trottinent en relevant la tête dans notre direction, de petits moutons bêlent en broutant des cailloux ... Tout le bétail déguerpit lorsqu'un vélo fait son apparition au détour de la rue terreuse (aucune voie n'est goudronnée à Djenné) mais ne parait aucunement dérangé par nous, piétons qui passons, dans les petites ruelles, entre les troupeaux. Au loin, une charette manié par des gamins tentent de s'enfoncer difficilement entre les murs épais des maisons sur la chaussée ornée de crevasses.

Hier en arrivant, je n'ai pas réellement fait attention à ces murs ... En déambulant aujourd'hui dans les quartiers de la petite ville, je découvre, surprise par son cachet, l'architecture de Djenné, inscrite au Patrimoine mondial de l'Humanité par l'UNESCO.  Les façades des maisons, lisses et aux tons auburn, ont l'aspect de la terre glaise encore humide sous les mains travailleuses et habiles du potier à son tour. En fait, pour construire leurs bâtiments, les habitants utilisent le banco (terre et paille hâchée) additionnée d'un peu de beurre de karité pour renforcer l'étanchéité. A la moindre pluie, les angles, parait-il, s'adoucissent.

La grande mosquée, en particulier, est un bel exemple de cette architecture qu'on dit aussi "soudanaise". Un soir, Irfa, un jeune habitant de Djenné (quelque peu intéressé), nous proposa de boire un thé sur le toit de sa maison. A l'heure de son invitation, les terrasses plates se drapaient d'un orange profond sous les derniers rayons du soleil rougeoyant qui glissait à reculons derrière les murs de poussière, encerclés par les eaux du fleuve Bani. Du haut de notre toit, nous avons alors pu admirer la mosquée ainsi que le panorama incroyable de la ville, dans un magnifique dégradé de couleurs chaudes et sur un fond sonore de chant africain (en fait, l'appel à la prière fredonné dans les hauts parleurs de la mosquée). 

Protégée par ses murailles, Djenné l'est aussi par l'eau du Bani (affluent du Niger), à qui l'on doit la comparaison de Djenné avec une "Venise malienne". Le cours d'eau, plus ou moins haut selon la période de l'année entoure la ville de tous côtés et en fait une île en saison d'inondation. Les abords du fleuve, encore assez hauts en ce début de saison sèche, révèlent, là aussi, en plus d'un paysage de toute beauté, toute l'activité humaine de Djenné, d'autant plus animée le jour du marché. On y voit alors, à l'heure du crépuscule où nous nous y balladons ce soir, le retour des paysans sur les berges, avec les lavandières et bergers peuls, les femmes portant du bois, les nombreux enfants qui pêchent. Depuis le début de notre ballade sur la berge, le groupe de deux ou trois enfants qui nous suivait a fini par devenir rapidement un groupe d'une vingtaine de bambins. Dans cette marche empreinte d'une joyeuseté et d'une innocence qui les caractérise, les enfants viennent vers nous en courant du bord de l'eau, heureux de leur maigre prise, fiers de nous montrer en se chamaillant et se disputant la parole, leur méthode de pêche ancestrale, fil tendu au bout du doigt.

Le fleuve est un terrain de jeu inépuisable pour eux. Ils éprouvent sans doute, près de cette rivière, les joies et les malheurs de l'existence comme pourrait le ressentir n'importe quel enfant du monde, où qu'il naisse. Couverts de poussière, je les regarde, attendrie, au coucher du soleil, s'éparpiller dans la rue, pousser des cris émoustillés. Leur crâne, comme poudré, se hérissent de petites touffes de cheveux entortillés. Leurs visages, balafrés de traits de crasses, sont sillonés de boue et transmettent la joie de vivre. Je les regarde, insouciants, aller et venir, libres de poursuivre leur marche où bon leur semble sans entrave, sans crainte de déranger personne ... Le monde est à eux ... C'est comme si tout l’espace leur appartenait ... C'est comme s'il n'y avait pas d’endroits interdits, pas de propriétés privées; ils vont jusqu’à ce que la crainte de se perdre les oblige au retour ...

Les enfants des villages africains sont bien loin de l'univers de nos enfants qui évoluent dans nos société européennes. Très jeunes, ces derniers ont des responsabilités qu'ils n'ont pas le choix d'assumer. Les fillettes, courageuses, aident ce soir leur mère, aux abords du fleuve, à laver le linge de toute la famille et la marmaille nue. Les plus grandes portent toujours leur petits frères et petites soeurs, enroulés dans un tissu généralement très coloré et bariolé, sur leurs hanches ou leurs reins. Au marché tout-à-l'heure, elles tenaient en équilibre sur la tête d'énormes calebasses fumantes ou criaient pour apater le client.

Durant les jours qui suivent, à chacune de nos ballades, les gamins se regroupent autour de nous et nous accompagnent en s'accrochant à notre main.Tous, avec leurs grands yeux ronds, guettent la pause pour chercher à faire connaissance, ou juste saisir notre regard. Certains nous observent de près, d'autres de plus loin, et s'écrient souvent, tous en choeur, comme un refrain de ronde qui se répète, "toubab, toubab" en réclamant bonbons et cadeaux.

Vers les midi, à l'heure où souvent nous passons devant l'école primaire située tout près de notre auberge, petits et grands déambulent, ardoise en bois à la main, frappant dans leur mains ou bavardant sagement. Quelque soient leur âge, leurs parents ne les accompagnent pas à l'école. Les enfants doivent se débrouiller, comptant sur les aînés ou sur eux-mêmes pour faire face aux tracas du chemin ...

Depuis que nous sommes à Djenné, nous avons eu le temps de remarquer les affinités entre certains de ces enfants, celles qui construisent les grandes amitiés d'enfance. Il y a ces trois jeunes garçons d'une dizaine d'années, par exemple, inséparables, qui se sont eux-mêmes amusés à se surnommer Zidane, Ronaldino et Henry et qui se balladent toujours bras dessus bras dessous, en se chahutant et en chamaillant les filles. Lorsqu'ils nous croisent en direction d'un des seuls cybercafés de la ville qui se trouve sur leur chemin du retour de l'école, le plus malicieux d'entre eux aime fanfaronner devant ses copains en nous récitant quelques mots de français hasardeux, tandis que ses camarades, plus farouches, le regardent en rigolant. Les trois petits sont élèves talibés dans une des écoles coraniques réputées de Djenné et nous montrent fièrement leurs modeste et seul petit cahier de classe et leurs ardoises. Et comme un enfant en attire dix ou vingts autres, c'est tout un cortège qui finit par nous encercler jusqu'à trouver un évènement nouveau plus intéressant au coin de la rue voisine. 

Ainsi, à Djenné, durant nos journées, nous prenons l'habitude de nous promener juste pour savourer cette ambiance douce et croiser tous ces enfants au contact facile, curieux de notre différence et particulièrement nombreux ici. Au Mali, près de 50% de la population a moins de 15 ans et c'est à Djenné que j'ai vraiment pris conscience de l'importance de ce phénomène démographique. 

La nuit tombée, au hasard du nombre de barres qu'affiche mon écran de téléphone portable, j'arpente de nouvelles rues obscures, en vue de trouver le réseau Orange pour passer quelques coups de fil. Munie d'une lampe torche, je marche sur ce sol poussiéreux dans la nuit noire, entre les murs de torchis, tout en tapotant sur mon petit appareil moderne que je tiens devant moi comme je tiendrai un bâton de source, désespérant de capter une onde. Car curieusement, s'il y a un réseau téléphonique (certes faible mais il y en a un), la ville ne bénéficie, par contre, pas d'éclairage public et doit faire face à de fréquentes coupures d'éléctricité. L'atmosphère particulière qui se dégage de cette situation me rappelle le grotesque de ce paradoxe si présent en Afrique et propre, semble-t-il, aux pays en voie de développement, à savoir celui qui fait cohabiter le poids des traditions et des besoins vitaux avec une société de consommation et un modernisme effréné qui n'échappent à aucune société.

En recherchant ce réseau, plusieurs soirées, j'emprunte la bande de terre battue qui fait figure d’artère principale et qui longe la place publique. Et je constate que la place est le lieu privilégié, même dans la pénombre, de réunions, de jeux et de danses. Quantité d’enfants y font la ronde, y improvisent des courses. Comme les adultes qui ont conservé de l'enfance cette habitude même entre hommes ou entre femmes s'ils sont proches amis (et il n'y a aucune connotation homosexuelle dans ce geste), les enfants se donnent la main, deux par deux, se tiennent par la taille, bref ont un sens tactil bien développé pour exprimer leur affection !
De touts-petits enfants d'environ 4 ou 5 ans sont concentrés à allumer un petit feu ... A côté, deux autres se partagent leur jouet favori, ces pneus de caoutchouc (très courant en Afrique) qu'ils font rouler à l’aide d’un bâton ou d’un morceau de fer en courant à côté à toute vitesse.
Ainsi, il est fréquent de voir, tard le soir, de très jeunes enfants errer dans la rue. Il n'est pas rare de voir marcher un petit bambin de tout juste deux ans en pleine rue, sans destination précise, pieds nus, au milieu d'une foule de gens affairés, sans que personne n'y prenne garde ou ne l'interpelle ...

Face au bâtiment qui fait office de maison des jeunes, des adolescents, sur leur mobylette, forment un demi-cercle et se racontent les menus faits de leur journée, scène presque similaire à celle des bandes de collégiens que l'on voit chez nous se réunir sous les abris bus de la place publique du village, d'un lotissement ou dans le hall d'un HLM de cité. Dans la bande, je reconnais le jeune garçon de 15 ans qui nous a accompagné le jour de notre arrivée à Djenné jusqu'à l'auberge et que nous avons retrouvé souvent par la suite. Un adolescent surprenant de malice et de répartie pour son jeune âge, qui m'a troqué quelques habits européens contre quelques objets africains (pratique courante en Afrique) et qui nous a appris la majeure partie des expressions populaires que nous connaissons du Mali !

Un soir, nous sortons avec "Petit Vieux" (le jeune guide de Ségou que nous retrouvons ici par hasard) et Karim, un ami à lui. Mais nous décidons rapidement de limiter ce genre de contacts, fatigués de devoir trier les relations seulement intéressés ou dans un but purement touristique. Nous profitons alors du calme de la ville pour nous plonger dans de douces lectures ou bavarder de nos projets à venir. Ainsi, même si le harcèlement des guides nous obligea à faire preuve de fermeté et de patience dont je ne me croyais pas encore capable, jusqu'à présent, notre séjour à Djenné fut plein d'authenticité ...



Publié à 07:20, le 4/12/2007
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Ségou (du 11 au 12 novembre 2007)


 



 

Nous ne nous arrêtons pas longtemps à Ségou, deux jours et une nuit seulement. Durant le trajet, René Paul poursuit ses récits de voyage passionnants.

En une heure, les histoires du prof nous ont fait faire le tour du monde ! Nous avons, grâce à lui, traversé tous les océans. Nous avons parcouru monts et merveilles en Birmanie, rencontré 1000 personnages de 1000 ethnies différentes en Ethiopie. Nous avons passé un week-end à Istanbul, puis un autre à Prague et à Budapest, crapahuté à Madagascar avant de plonger dans une piscine en Thaïlande, accompagné son fils dans les embouteillages de New York, erré dans la médina de Fès au Maroc, survolé les rizières balinaises et pédalé dans les cultures vietnamiennes, longé le bord du Gange dans le nord de l'Inde, affronté les dangers du désert sur la route de Timimoun et fait l'école à Alger où Mr a vécu plusieurs années !

Le bus est plutôt confortable ... tout est relatif bien sûr ! Le balancement de mon siège cassé et le ronronnement monotone du moteur juste sous mes pieds me bercent sur le débit de parole sans fin de René Paul ...

Défilent le long de la route, les images d'une brousse "banale" : petits villages constitués pour la plupart de huttes de bois au toit de paille ou de petites habitations en terre (banco). Il y a aussi quelques baobabs, éparpillés de ci de là, majestueux, imposants, solitaires. Et ces femmes encore et toujours, dans leurs activités lentes mais incessantes : pliées en deux, calebasses sur la tête, au milieu des récoltes, suant pour hisser la précieuse eau du puit, accroupies pour laver le linge, en rythme pour piler le mil, s'époumonnant devant des montagnes de pastèques dans les marchés que nous croisons le long de la route ... Et toujours entourées de la marmaille que la contraception parait avoir oublier de limiter  ...

Ségou est à peu près à mi-chemin entre Bamako et Djenné où nous souhaitons ensuite nous rendre. Capitale de l'ancien empire bambara, royaume puissant, riche et grandiose, fondé au 17ème siècle, Ségou présente une architecture en grande partie coloniale.

La ville se situe au bord du fleuve Bani, un affluent du Niger, qui nous éblouit par sa beauté tant le soir avec son magnifique coucher de soleil que le lendemain matin. En nous promenant sur la berge, nous assistons, en effet, interloquées, à la scène incroyable de toutes ces filles, dès le plus âge, et toutes ces femmes, qui viennent ici tremper le linge dans le fleuve tranquille, le frapper sur la pierre d'un coup de main habile, le tordre puis l'étaler sur le sol au soleil. La tâche accomplie, certaines plongent, seins nus, avec leur bébé, pour la toilette quotidienne.

Nous passons la soirée avec "Petit Vieux", jeune malien de 26 ans, qui cherche à nous vendre un "circuit" au  Pays Dogon ou en pirogue. Nous mangerons chez lui avec Yvou, un ami à lui, et terminerons la soirée ensemble, au centre culturel où il se joue un concert de musique traditionnelle.

Au cours de la soirée, nous rigolons beaucoup mais échangeons aussi sur de nombreux sujets plus sérieux qui nous permirent d'en savoir un peu plus sur ce pays que nous découvrons : droits et libertés au Mali, système judiciaire, politique africaine (rébellions touaregs dans la 8ème région au nord du Mali, histoire de Tomas Sangara, président burkinabé assassiné et présidence actuelle controversée de Blaise Compaoré ...), actions associatives à Ségou et jumelage de la ville avec celle d'Angoulême en France, etc.

Alors que Petit Vieux traduit à Séverine les paroles des chansons que nous écoutons autour d'un verre et explique les occasions à laquelles elles sont jouées, Yvou me parle de sa vie et me raconte, entre autre, sa religion animiste. Ce dernier, en devenant animiste, a choisi de suivre les traces de son grand-père même si ses parents sont musulmans, comme 80% de la population malienne (ce qui n'empêchent pas les musulmans de pratiquer quelquefois des rites animistes pour tenter de résoudre certains de leurs problèmes).

Ce que j'en ai retenu (et ce que j'avais lu auparavant à ce sujet), c'est que l'animisme reconnaît l'existence d'une force vitale présente chez tous les hommes. Bien qu'il existe un dieu tout-puissant à l'origine de la terre, mais finalement peu préoccupé du sort des humains, les animistes lui préfèrent des divinités secondaires, en général les forces de la nature personnifiées et les esprits (dont ceux des ancêtres). Dans les grands moments de la vie du paysan et de son groupe (naissance, initiation, mariage, funérailles, etc), elles sont consultées, et des animaux leur sont sacrifiés. Les prières animistes visent essentiellement à assurer la force, la richesse et la fécondité du groupe. La maladie, la sécheresse, la faim sont toujours ressenties dans l'esprit des animistes comme les conséquences d'une faute grave.

La nuit est déjà bien entamée lorsque nous nous enfilons sous notre petite tente moustiquaire montée sur le toit plat d'une auberge ... Encore une nuit passée sous le ciel étoilé de l'Afrique, encore une sur un toit !

Mais le lendemain, réveil avec courbatures et mal de gorge ... Pour la première fois, je me sens mal ! C'est grave docteur ?

 



Publié à 08:36, le 30/11/2007
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Bamako, la capitale malienne (du 5 au 11 novembre 2007)

 

Les 1100 000 habitants de Bamako s'activent dans un air pollué, voire irrespirable par endroit.
Durant cette semaine dans la capitale, nous réglons, comme dans chaque grande ville, les choses pratiques (changement d'argent, visas, etc) et effectuons les achats difficiles à trouver. Pour rejoindre le centre-ville, il faut donc longer les artères aux interminables files de voitures, où les moteurs crachent fumées et odeurs d'échappement sous une caisse cassée, bricolée, rafistolée, repeinte, réhaussée, arrangée, transformée, bref africanisée !
Au grand marché, se succèdent, pêle-mêle, étals de fruits, montagnes de poissons puants, de tissus bariolés multicolores, boutiques d'artisanat, de percussions, batiks, bogolans, maroquinerie, kiosques à journaux, pendaison ou séchage de cadavres d'animaux, peaux de chèvres, crânes de singe ou autre objets de sorcellerie ... A même le sol, des légumes, des épices, des habits, des gadgets made in Taïwan ...
Plus nous déambulons, plus le bazar est incroyable ! Il m'est impossible de décrire une telle ambiance ...
Lorsque l'on emprunte les petites rues de terre battue grouillantes au coeur du marché, il faut enjamber déchets, flaques de boue, grilles de brochettes fumantes, bassine de petits sachets de jus de bissap (appelé aussi jus de dâ, le bissap est une délicieuse infusion couleur pourpre de feuilles d’hibiscus), couvertures et nattes ... Il faut aussi supporter le harcèlement des vendeurs et vendeuses à la sauvette, de bananes plantains frites (appelées aussi alocco), de beignets sucrés ou salés, de cartes téléphoniques, de lunettes de soleil ...
Au croisement, entre une de ces ruelles et une voie plus large parfois goudronnée où circulent, dans un vacarme infernal, bus et minibus, bâchés, taxis jaunes, charrettes, ânes et chèvres, motos , vendeurs ambulants, vélos, nous apprenons l'art et la manière de traverser la chaussée tout en zigzaguant entre ces obstacles mouvants et bruyants. Une fois le périple réussi, il faut à nouveau serpenter entre les mendiants, les marchands, ceux qui terminent leur sieste sur une paillasse improvisée sur un trottoir, un homme qui prie à genoux, un autre qui transporte un lourd chargement de bois sur les épaules ... Il faut jouer des coudes entre passants, crier pour s'entendre parler, s'orienter, se repérer au minaret de la mosquée, répondre à tous ces gens qui nous abordent continuellement ou les ignorer ...
Et enfin, lorsque l'on trouve, dans cette anarchie urbaine, un coin pour s'asseoir quelque part dans la poussière, toujours, sans exception, il ne se passe pas cinq minutes sans que quelqu'un vienne discuter avec nous. Ainsi, parmi les autres, je me souviens de cette jeune femme, vendeuse de rêves à tous ces gens sans lendemain (en fait, vendeuse des tickets du tiercé) qui, l'eldorado européen en tête, nous interrogea sur la vie en France.
Ces rencontres, aussi courtes que nombreuses soient-elles, sont toujours étonnantes ... Que de parcours de vie croisons-nous ! Que d'histoires écoutons-nous ! Que de pensées et d'idées brèves ou longues, drôles ou tristes, folles ou sages, profondes ou superficielles échangeons-nous ! De ces rencontres, ne restent parfois qu'une vision furtive, d'autres fois, sans trop savoir pourquoi, un trait, un visage reste plus nettement, avant de se brouiller dans le brouillard des souvenirs ... Une image vient alors en effacer une autre ... Tous ces visages, croisés au cours de mes voyages sur les cinq continents, se superposent dans mon esprit pour n'en former qu'un. Ce visage, beau et riche de la combinaison de toutes ses différences, est tout simplement celui de l'Humanité. Ces hommes et ces femmes que nous ne reverrons plus jamais, dont nous n'avons souvent même pas le nom et qui nous ont pourtant parfois révélé des secrets enfouis, livré des amours interdits, avoué des opinions indicibles, sont comme des étoiles filantes dans mon existence ... Trois petits tours et puis s'en vont ... Le voyage est ainsi cruellement révélateur que tout n'est qu'éphémère ...



A Bamako, nous prenons également le temps de nous acclimater à notre nouveau pays. La vie malienne m’apparaît trépidante et animée. La végétation plus abondante et verte dénote de l’horizon dunaire auquel nous ont habituées nos dernières semaines passées au Sahara Occidental et en Mauritanie. Comme Brassens qui vivait heureux auprès de son arbre, cette végétation amène, par ses attraits (eau, air, fraîcheur et ombre …), le côté vivant que le désert a oublié de faire exister (oiseaux, activité humaine importante …).



La capitale nous apporte son lot de découvertes mais je suis néanmoins étonnée de retrouver beaucoup de mes repères français (en plus de la conception des routes quasi identiques comme je le disais dans mon article précédent, je les retrouve aussi dans le fonctionnement des administrations, l’organisation politique, le système éducatif, la vie et les symboles religieux …). Le dépaysement est donc pour moi bien moins important ici qu’en Mauritanie. Sans doute parce que le Mali (appelé auparavant Haut-Sénégal-Niger puis Soudan français) a conservé, semble-t-il de multiples relations avec la France depuis son indépendance en 1960.



Durant tout notre séjour à Bamako, nous logeons dans une modeste petite auberge de l’autre côté du fleuve, dans le quartier plus calme de Batalagoudou.
Avec Socrate, un jeune employé de l’auberge et Alhassan, son cousin, j’apprends, à mes heures perdues, les rudiments du bambara, tandis qu’eux me demandent de les aider à enrichir leur vocabulaire français et de leur apprendre quelques mots d’espagnol. Il faut savoir que si le français est la langue officielle ici, le Mali ne compte pas moins de 10 langues nationales ! Les plus courantes sont le bambara, le peul et le songhaï.
J'apprends ainsi que Bamako signifie en bambara "la rivière aux caïmans". Peut-être à cause du majestueux fleuve Niger qui passe sous le pont des martyrs à quelques mètres de notre quartier …



Tous les soirs, nous avons pris l’habitude de manger dans une petite gargotte populaire comme il y en a tant ici. Celle-ci est tenue par la mère de Iyai et de Cissée, deux jeunes femmes avec qui nous avons liée connaissance. Dans une bassine, on nous prépare tantôt du riz sauce (le plus connu est le riz au gras), tantôt une salade. Comme il n’y a pas de vinaigrette à proprement parlé, le plat est accompagné de vinaigre blanc et d’un cube de bouillons, ces fameux cubes maggi devenus semble-t-il, en Afrique, le sine qua non de toute sauce qui se respecte.



C'est d’ailleurs dans cette petite gargotte que nous rencontrons par hasard, sur une petite mobylette, « Le Prince », un des musiciens du célèbre chanteur malien Salif Keita, connu internationalement ! Grâce à lui, nous aurons alors la chance d’assister à un petit concert privé dans son hôtel particulier de Bamako … c’est juste dommage que Salif, comme les maliens aime l’appeler, soit en studio d’enregistrement ce soir là et ne fit que traverser la salle pour saluer ses musiciens sur scène … Et dire que je l’écoutais encore il y a deux mois sur mon ordinateur dans mon petit appartement auvergnat … Je le croise aujourd’hui, dans son fief, en privé, grâce au hasard des rencontres !
Le Mali est, à ce propos, un véritable vivier de talents dont plusieurs ont conquis la scène internationale (Amadou et Mariam, Rokia Traoré, Ouman Sangoré ...) et la musique y est très présente. Chaque ethnie a la sienne et la musique est traditionnellement là pour accompagner les grands évènements de la vie (baptêmes, mariage, etc ...). Il n’est pas rare, en nous promenant dans la ville, d’entendre taper un djembé ou un balafon au détour d’une rue.



Le monde est petit ! On retrouve Lena et ses 3 compagnons de voyage dans l’auberge voisine, en train de négocier ferme la vente de la voiture qui rappelez-vous, nous a transportée tout du long de la Route de l’Espoir, en Mauritanie, il y a quelques jours. Avec ces derniers, nous aurons alors l’occasion de rencontrer bon nombre d'autres voyageurs comme Aurélien, qui vient de vendre une Opel Corsa qui servira une fois repeinte en jaune par son nouveau propriétaire malien, de taxi à Bamako ! Ce dernier, habitué à des dizaines et dizaines d’allers-retours en Afrique bien qu’il n’ait que 26 ans, continue sa route vers le Burkina Faso.



Nous rencontrons également René-Paul, un bonhomme assez incroyable. Professeur de biologie, ce retraité de plus de 60 ans a vadrouillé dans de nombreux coins du globe et a toujours un récit de voyage passionnant à nous raconter. Un côté un peu cynique, une pointe d'humour et un ton paternel, c'est un marginal au regard doux derrière ses lunettes qui lui donne un air un quelque peu sérieux.



C'est avec lui que nous quittons Bamako à l'arrière d'un bus pour Ségou !



 



Publié à 08:28, le 30/11/2007
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La frontière malienne (du 4 au 5 novembre 2007)

 

 

Nouveau dicton du jour : "patience et longueur de temps valent mieux que force et rage" !

Dans le dernier petit village mauritanien avant la frontière malienne, une cohorte d'enfants espiègles et rieurs m'encerclent alors que je tente de tuer le temps, depuis au moins 2H, en buvant un thé gentillement offert sur le perron d'une épicerie. Les gamins scruptent le moindre geste de ma part ou le moindre petit son qui sortirait de ma bouche pour s'empresser de le reproduire avant de s'esclaffer, de partir se cacher en courant et de revenir quelques minutes après. Le "jeu" dure ainsi un bon moment, ce qui finalement nous fait passer le temps dans une bonne humeur spontanée et bon enfant, nous qui désespérons de partir. Le taxi-brousse attend, en effet, d'être plein pour continuer sa route et comme les candidats pour le Mali ne se bousculent pas au portillon, et bien l'attente est longue ! Enfin, nous finissons par partir ...

Le passage de la frontière se fait assez rapidement. Nous arrivons, à force d'humour et de tchatche persuasive à échapper au bakchich que le policier nous réclame.

Le Mali nous ouvre ses portes avec le sourire éclatant de ses habitants !

Un homme mauritanien, immigré au Canada, doit reprendre son avion à Bamako. Comme il fait le chemin avec nous, nous sympathisons. Lui, Séverine et moi avons encore l'espoir de parcourir les 420 km qui nous sépare de la capitale malienne dans la soirée, comme nous le souhaiterions ... dans nos rêves ! Car vu la tournure des choses, nous finissons par comprendre, encore une fois, qu'il ne faut jamais faire de plans au-delà de plus de quelques heures ici !

Sur les sièges en caoutchouc typiquement maliens posés au beau milieu du va et vient des passants, sur la place centrale de Nioro du Sahel (première ville après la frontière), nous attendons que les jeunes maliens qui ont chargé toutes nos affaires sur le toit d'un véhicule et qui nous ont promis un départ immédiat, sortent le nez du capot de leur 4X4 ... Environ toutes les demies heures, puis tous les quarts d'heure, puis toutes les cinq minutes, je demande si nous partons bientôt ... Et tous de me répondre en choeur que "oui oui nous partons tout de suite" ! ... Mais rien ne bouge ! ...

Dans ces cas-là, bien souvent, on prend son mal en patience ! Le sourire et la sympathie des gens rendent l'attente plus plaisante qu'exaspérante et l'on sait que, de toutes façons, personne ne nous attend ! Nous avons la chance, quand même, de n'avoir quasi aucune contrainte de temps, profitons-en !

Une fois de nouveau parties, une drôle de sensation m'envahit ! Les routes ressemblent étrangement aux routes françaises ... D'abord, une certaine familiarité me saisit en observant le goudron et les fossés d'herbes qui longent le bitume, au lieu de pistes à moitié ensablées. Mais aussi, lorsque sous les feux de notre 4x4 se dessinent ces fameuses lignes blanches qui avaient pourtant disparues rapidement dès le début de notre parcours, au milieu du Maroc peut-être. Enfin, encore plus surprenant : les panneaux de signalisation ! Non seulement, nous n'en voyons plus, non plus, depuis des centaines et des centaines de kilomètres de route mais en plus, ils sont complètement identiques aux nôtres ! De nuit, j'ai, par moment, l'impression déconcertante de rouler sur une de nos banales routes altiligériennes ! Revenir vers des repères connus alors que nous nous enfonçons de plus en plus profondément dans l'Afrique provoque une émotion bizarre ... Nous apprendrons plus tard que les travaux routiers sont, pour une grande majorité, au Mali, financés par la France, par l'Union européenne ou par des ONG françaises.

Diéma ... étape dans la seconde ville malienne pour nous ! Dans une petite gargotte, une jeune fille, portant son bébé qui, malgré l'animation du lieu, dort à poings fermés dans un tissu enroulé sur les reins, nous prépare, à la lumière d'une lampe torche habilement calée entre son oreille et son épaule, une salade verte. Assise sur des bancs de bois, nous savourons notre rarissime plat de verdure, dans l'obscurité de cette espèce de ville-carrefour où zonent et attendent une majorité d'individus en transition. 

Vite, nous nous pressons, notre compagnon de route mauritanien vient nous chercher car plus loin, là-bas, vers la seule petite place éclairée, un minibus s'apprête à partir ...

"Alors on vit chaque jour comme le dernier, la la la ...", un vieux poste passe Corneille en boucle depuis une heure, nos billets pour Bamako sont achetés, nos affaires sont montées sur le toit du bus ... "Parce qu'on vient de loin, la la la ..." fredonnent toujours les hauts parleurs ...

Et bien non ! Le départ imminent qu'on nous a encore fait miroiter semble reporté à demain matin ! Faute d'hébergement à cette heure avancée de la soirée et dans cette ville-carrefour peu équipée en structure hôtellière, le maurito-canadien, Séverine et moi prenons d'assaut le minibus à l'arrêt comme logement de fortune pour la nuit ... Nuit difficile pour moi, car en plus de l'inconfort des minuscules sièges défoncés (que l'expérience du voyage a néanmoins rendu habituel), le froid, par contre, m'empêche de fermer l'oeil toute la nuit. Heureusement, en recherchant LA position qui puisse permettre à mon corps transis de froid de se réchauffer, je réveille Séverine qui, en solidaire compagne de voyage, me prête un à un, au fur et à mesure des heures passantes, quasi tous ces vêtements. Elle, peut, en effet, dormir dans son duvet, contrairement à moi  dont le sac de couchage est resté dans l'amas d'objets entassés sur le toit du bus !

Dès l'aube, entre Diéma et Bamako, le minibus se met à filer à toute vitesse dans un suffoquant nuage de poussière. L'engin bondit sur les talus et s'enfonce dans les crevasses de la piste, dans un tintamarre tel qu'il est impossible de bavarder. Je m'endors ... puis me réveille, le front collé contre la vitre opaque ... A travers la poussière rouge, des silhouettes de femmes marchent le long de la route, le port altier de la tête soutenant un lourd fardeau, le bébé sur le dos. La grâce de ces femmes, majestueuses, devant les étals colorés à Nioro et dans la brousse ici, est vraiment quelque chose qui m'a frappé en arrivant au Mali !

J'ai en tête l'image de ces femmes mauritaniennes, cachées derrière un voile sobre et foncé, qui ne révelent qu'un regard vif mais fuyant; des silhouettes "shéréazadiennes", toutes enrubanées que l'on découvre par deux, chuchotant au crépuscule au détour d'une ruelle, ou sous les portes voutées d'une mosquée ... Ces femmes pleines de mystères emprunt d'une douceur terrible ont laissé place à d'autres que voici maintenant présentes, actives, découvertes, vêtues légèrement de boubous colorées, qui vibrent comme le coeur battant d'une Afrique chaude, noire et incroyablement vivante ...

En arrivant à Bamako, nous ne sommes plus que de vulgaires mottes de terre qui nous secouont en laissant à nos pieds un parterre de fine terre ocre ... Les passagers ont le visage rouge, les sacs sont teintés de rouge, la carcasse de notre minibus est recouverte de poussière rouge. Séverine essuie ses lunettes en laissant une trace rouge sur son kleenex ...

Soyez les bienvenues à Bamako", s'exclame derrière nous un grand homme à lunettes ...

 



Publié à 11:44, le 28/11/2007
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La Route de l'Espoir (de Nouakchott à Aïoun) (du 2 au 4 novembre 2007)

 

C'est suite à notre rencontre avec Damien (un français vendéen de 29 ans), qui, dérangé par les ronflements de son voisin de khaïma au milieu de la nuit, fumait une cigarette sur la terrasse de l'auberge, que nous décidons de ne pas faire une boucle comme envisagé dans le Tagant (autre région désertique de la Mauritanie) mais de prendre directement la direction du Mali.

Sur le coup des 15H, je roule donc à bord de la mercedes de Jess et Gildas sur la célèbre route qui traverse le sud de la Mauritanie, appelée Route de l'Espoir, suivie de Séverine, Damien et Lena dans une autre mercedes break. Nos quatre compagnons de route, tous bretons et peu bavards, descendent à Bamako où ils vendront leur véhicule et poursuivront l'aventure à pied. Nous avons profité de l'occasion pour faire la route avec eux !

Sur cet axe mythique, je découvre une nouvelle Mauritanie ... Le changement est, en effet, radical ! Au nord, nous avions connu la Mauritanie saharienne, au sud, c'est la Mauritanie sahélienne. La savane succède au désert. Après avoir traversé le domaine des grands nomades et du dromadaire, nous entrons dans celui des éleveurs peuls et des zébus bossus aux grosses cornes.

Tel un cordon ombilical, la Route de l'Espoir, légèrement vallonnée, offre régulièrement un panorama sur de vastes étendues, magnifiques, à la végétation plus luxuriante mais néanmoins clairsemée. Sur les hauteurs, les dunes orangées virent doucement au blanc dans les affaissements de terrain et contournent quelques zones marécageuses, parsemées de quelques jolis lacs, avant de disparaitre complètement.

Tout au long de cette route transmauritanienne, nous croisons des centaines d'interminables troupeaux de vaches et de chèvres. Les bêtes, au squelette apparent sous leur maigre chair, imposent leur priorité en traversant la chaussée d'un air pensif et tranquille, alors que Jess se rue régulièrement sur la pédale de frein, qui, je ne sais par quel miracle, n'a pas encore lâchée ! Ce dernier réalise d'ailleurs un véritable exploit, semble-t-il, en parvenant à échapper à tous les dangers de cette route défoncée, contrairement à beaucoup d'autres conducteurs téméraires mais moins adroits vu le nombre impressionnant de cadavres d'animaux gisant sur le côté et pourrissant au soleil.

Pendant ces deux jours, nous roulons continuellement. Nos compagnons de route se montrent pressés d'arriver au Mali et cherchent à gagner la moindre seconde.  Ainsi, en plus de ne pas profiter tranquillement du voyage, ils ne s'arrêtent jamais plus de 3 ou 4 minutes, ce qui laisse à peine le temps de rechercher l'ombrage d'un acacia lors de la pause. Toujours pour ne pas perdre de temps, nous ne respecterons pas la cérémonie du thé, sous la khaïma d'un mauritanien, près du mouton qui sèche au soleil, en coupant court dès le premier verre servi alors que la coutume (ou plus qu'une coutume, plutôt la règle sociale) est d'en boire trois avant de pouvoir prendre congé ... Imaginez, c'est un peu comme si vous partiez au milieu du repas, au restaurant ou lorsque vous êtes invités chez quelqu'un, ça ne se fait pas tout simplement !

Alors que le soleil joue à cache cache avec les branches des arbres éparpillés dans la savane et la ligne d'horizon rouge, nous nous arrêtons en brousse près d'Aleg, ville-étape relativement importante. La première nuit, à la belle étoile, ne sera pas récupératrice. D'abord parce qu'avec Damien, nous refaisons le monde jusqu'à 4h du matin. Ensuite à cause de ces minuscules épines, fines mais tenaces, qui s'incrustent dans le moindre centimètre carré de tissu ou de peau découverte. Enfin, pour couronner le tout, les nuages de moustiques qui me narguent insolemment depuis le coucher du soleil, m'obligent à me réfugier, à l'aube, dans la voiture pleine de bagages pour terminer ma nuit, en sueur et recroquevillée sur les sièges en cuir arrières. L'avantage, c'est que la nuit suivante, pourtant passée dans une case aux cafards volants kamikazes, aux araignées géantes, et aux bestioles grouillantes en tout genre devint finalement, en comparaison, un bonheur inestimé !

La deuxième partie de la route (que nous reprenons le lendemain après avoir dû réparer une panne d'embrayage) est encore plus dangereuse, mais toute aussi jolie et dépaysante. Les conducteurs alternent. Quant à moi, je me retrouve, avec Séverine, à l'arrière d'Yvonne (surnom donné au bolide lourd et couleur bordeaux de Lena). D'abord bien marqué, le goudron est néanmoins strié de nombreuses ravines qui déclenchent, à plusieurs reprises, des cris soudains de l'arrière du véhicule, et rodent les réflexes de nos conducteurs fatigués mais concentrés.

Après la ville surprenante de Tintane (où sont installées des centaines et des centaines de tentes de réfugiés), le goudron disparait sous une large puis étroite piste. L'air n'est plus que terre ! Un rideau de poussière opaque recouvre le pare-brise ... alors que la nuit commence à tomber. A droite, de grosses roches rouges flamboient au soleil couchant dans un paysage de western. Nous poursuivons quand même jusqu'à Aïoun ... heureusement, nous retrouvons l'asphalte mais les trous sont gigantesques, des tranchées traversent la route sans que rien ne soit évidemment jamais signalé ... Et ce qui devait arriver arriva, Gildas évite de peu l'accident en tentant de contourner une voie de canalisation ouverte et cimentée qui coupe littéralement la route ... Cette fois, c'est le carter de la voiture qui rend l'âme !

Nos compatriotes sont alors bloqués à Aïoun. Le lendemain, nous décidons de continuer la route seules car bien que sympathiques, nos compagnons de route sont bien trop stressés pour nous et assez loin de notre philosophie de voyage. Dans le taxi-brousse  qui file vers la frontière malienne plus très loin à présent, le chauffeur à ma gauche et Séverine à ma droite, je repense à nos dernières péripéties. Au final, la Route de l'Espoir, nous aura apporté, certes, son lot de déconvenues (frayeurs sur la route, stress et agressivité de nos compatriotes, mauvaise nuit, insectes déplaisants, nourriture manquante, pannes ...) mais la beauté de ses paysages nous aura également apporté une nouvelle fois beaucoup de surprises ...

 

 

 

 



Publié à 10:43, le 8/11/2007
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Nouakchott 2 (du 30 octobre au 2 novembre 2007)

Un dicton devenu coutume depuis notre arrivée en Mauritanie : "rien n'arrive trop tard à qui sait attendre" !

Notre chauffeur de taxi prend place parmi nous sur le tapis neuf du salon, pour goûter au premier thé de la journée, savamment préparé par nos amis mauritaniens. Le petit déjeuner est écourté pour enfin prendre la route, avec au moins 20h de retard sur notre "programme" initialement prévu.

La route jusqu'à la capitale administrative (Nouakchott) est longue et monotone mais agrémentée, comme toujours, des pauses habituelles et des arrêts interminables en Mauritanie parce qu'il faut : pousser un véhicule en panne, passer sous la caisse ou le capot pour bricoler le moteur, regonfler les pneus usés par une route en piteux état, faire le plein d'essence au regard des grandes distances, faire refroidir la voiture sous la chaleur insupportable, déposer des sacs et paquets au fil de la route, ne pas manquer au rituel du thé, s'agenouiller en direction de l'orient pour l'incontournable prière, se réapprovisionner en eau fraîche ...

Tout au long du trajet qui durera près de 7H, Tony Parker (c'est ainsi que nous avons surnommé notre jeune chauffeur) se montre aux petits soins avec nous, comme le font bien souvent les hommes mauritaniens avec qui nous voyageons. Ma voisine insiste lourdement en hassania (la langue officielle en Mauritanie), malgré mes yeux effarés, pour que j'emmène avec moi, en France, le nourrisson qu'elle allaite au sein toute les 20 minutes. Les deux autres hommes passagers somnolent à l'avant de la mercedes.

Les trois journées passées à Nouakchott sont bien différentes de celles passées dans l'Adrar. L'animation de la ville mais aussi de l'auberge remplie de "toubabs" (surnom donné par les autochtones aux "occidentaux") tranchent avec la tranquilité du désert.

Les gens rencontrés au détour de notre route ou sous la khaïma d'une auberge sont bien souvent des personnalités marquantes. Le panel d'individus qui se croisent et se recroisent dans ces lieux de transit, est infiniment large et varié. Et pourtant, presque tous ont en commun d'être là au même moment pour vivre une expérience hors du commun, loin de leurs repères quotidiens. Du coup, tous ces destins qui partagent un moment en l'espace d'une veillée, d'un repas, ou d'un simlple thé, font partie intégrante de notre vécu en voyage et fabriquent souvent des souvenirs inoubliables.

Ainsi, au cours de notre halte à Nouakchott, nous croisons, Sofiane, trentenaire franco-algérien en train de monter une société de communication à Nouakchott, qui nous fit découvrir les "dessous" huppées de la haute société mauritanienne mais surtout nous fit mourir de rire avec son humour continuel ! Il y a aussi ces deux américains, Matt et Samy, très mystérieux, qui nous cuisinèrent un plat de poisson et , pour l'un d'entre eux, nous raconta la recherche qu'il a entrepris ici pour retrouver ses origines maures et nous fit part de sa conception de la vie pour lui idéale que si elle est faite de nomadisme. Nous avons aussi rencontré Yvon et Christel, ce couple parisien - breton, posé à Nouakchott, en partance vers le Sénégal où ils comptent s'installer pour travailler avec une ONG et réaliser une recherche sur la médecine traditionnelle. Toujours dans l'auberge, Bilal et Sidati, deux mauritaniens qui nous régalèrent d'une tajine de mouton et nous firent connaître la plage au coucher du soleil.

Mais le temps passe trop vite et nous ressentons le besoin de découvrir de nouvelles contrées.

Demain Inchallah, ce sera toujours en Mauritanie, puisque nous partons pour la région du Tagant !

 

 



Publié à 06:21, le 8/11/2007
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les bonnes couleurs !

 

Voilà ... désolée, ça y est, rectification des couleurs faite ! C'est que quand on a un ordi avec un écran noir et blanc, pas facile de trouver le vert ! Vive les cybers d'Afrique !!

A très bientôt dans nos nouveaux épisodes : "Nouakchott 2", "La Route de l'Espoir", "la frontière malienne", "Bamako" ...



Publié à 08:53, le 7/11/2007
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Atar et Azougui (du 27 au 30 octobre 2007)

A Atar, nous sommes invitées à loger dans une grande villa inoccupée appartenant à la famille de Baba, un ami de Sid Ahmed, en leur compagnie.

Nous y resterons 4 jours et y développerons une certaine capacité à ne rien faire jusque là encore pas atteinte !
Nous verrons défiler, dans notre demeure, quantité de personnes inconnues car les mauritaniens ont un sens de l'hospitalité inégalé qui fait qu'aucune personne ne se verra mise à la porte. Ce sera alors le moyen de nous rendre compte des rapports humains entre mauritaniens et du type de relation qui se tisse entre membres de la famille, voisinage, amis ou simples connaissances.

Le séjour à Atar est très agréable. Gentillement accueillies, nous partageons des moments simples de la vie de la jeunesse mauritanienne. Nous retrouvons, par exemple, nos amis mauritaniens un samedi soir pour assister à un concert de rap bien loin de nos ambiances européennes !

Nous organisons aussi une sortie du dimanche, Sid Ahmed, Baba, Mine (trois mauritaniens), Constance (barcelonnaise) et nous mêmes, dans une oasis verdoyante nichée au creux d'un profond canyon, à 7 km d'Atar, près du petit village d'Azougui, ancienne capitale almaravide du 11ème siècle.
Pour nous y rendre, une piste impraticable nous vaut de marcher au moins dix kilomètres à pied, chargées de nos lourds sacs à dos, et sans eau car utilisée pour refroidir le moteur de la pauvre voiture qui tenta vainement de nous emmener. En découvrant le petit village de "tikitts" (cases rondes en palmes tressées) dont une seule est habitée, je ne regrette pas les efforts fournis pour y arriver !  Accueillis par un couple âgé qui force le respect (les seuls à vivre ici hors période de guetna c'est-à-dire hors période de récolte des dattes en juillet et août), nous profitons de l'endroit très reposant et frais pour nous baigner dans un bassin naturel au coeur d'un oasis sous les palmiers et pour dormir encore une fois à la belle étoile et dans les tikitts "abandonnés".

 

 



Publié à 10:19, le 6/11/2007
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L'Adrar (du 21 au 27 octobre 2007)



Comme bien souvent, petit changement de programme de dernière minute ce matin. Convaincu par Sidi, le jeune mauritanien qui nous invita chez lui la veille, nous décidons de tenter l'aventure du désert en novices méharistes.

Nous voilà donc parties en compagnie de Bahal, un guide rapidement rencontré dans le centre d'Atar. Pour nous rendre à Ouadane, dans le désert de l'Adrar, nous empruntons une superbe route à travers la montagne puis une piste à travers un reg, c'est à dire d'immenses étendues caillouteuses.

Blottie dans son écrin de sable rouille, au coeur du désert des hommes voilés, Ouadane est une ancienne cité caravanière, habitée aujourd'hui par 2000 habitants et classée Patrimoine de l'UNESCO. Chargée d'histoire, elle fut une halte célèbre pour les méharées au carrefour des routes nord-sud et fut un point de rencontre important pour son commerce de sel, d'or, d'ivoire et d'épices surtout entre le Soudan français (actuel Mali) et le Maghreb.

Lorsque le soleil décline à l'horizon, j'admire d'en bas, assise sur des coussins rouges et dorés, autour du thé qui se prépare, la lumière cuivrée des murs de la vieille ville que nous venons de visiter. Sur les contreforts de son promontoire rocheux orange, Ouadane dévoile les mystères du désert dans son panel de couleurs chaudes crépusculaires. A ses pieds, l'ensemble des palmiers forme un socle sur lequel l'édifice semble flotter.

Dans ce décor sublime, allongées dehors sur des matelas et des tapis, et toujours autour de l'incontournable thé, la soirée dure assez tard dans la nuit malgré l'absence d'électricité au-delà d'une certaine heure. De temps en temps, on entend dans un des cercles constitués quelques rires étouffés et l'ambiance tranquille, à la lueur des lampes à pétrole, est au papotage : anecdotes des circuits dans le désert avec Bahal et Sid Ahmed (guides touristiques du désert), discussion sur la culture mauritanienne avec Zaïda (propriétaire de l'auberge où nous dormons), souvenirs de voyages et échanges d'infos avec six autres globe-trotters français ...

Notre trek à travers le désert qui démarra le lendemain et dura 4 jours fut une vraie aventure !
Pour parcourir la centaine de kilomètres qui séparent Ouadane de Chinguetti où nous souhaitons nous rendre à pied, Bahal s'est occupé de trouver un chamelier et de charger sur les dromadaires matériel de cuisine, grosses jerricans d'eau, tapis et nattes ...
Ces quelques jours dans le désert, sur les traces des célèbres Saint Exupéry, Théodore Monod ou encore René Caillié, furent, pour moi, un temps fort du voyage !

Une telle expérience force à la méditation ...
D'abord à cause des paysages traversés : des plateaux rocheux arides aux massifs dunaires impénétrables, les dégradés de tons racontent toute l'histoire du Sahara : la pureté du blanc, la sérénité du beige, la douceur du rose, la chaleur de l'orange, la passion du pourpre, la force naturelle du marron, l'immensité du gris et le mystère du noir.
En plus de cet environnement déconcertant, il y a aussi toutes ces émotions qui surgissent du fait qu'on se retrouve ici, seuls, au milieu du légendaire Sahara ... Seuls à marcher sous les rayons du soleil, qui brûlent tout sur leur passage (44° à l'ombre) ... Seuls avec le silence et le vent de sable ... Seuls, dans l'harmattan soufflant les murmures d'une nuit qui s'annonce fraîche et étoilée.  

Lorsque la lune pâlit entre les plis des dunes, nous nous réunissons autour du feu pour un méchoui ou pour un thé, et veillons en admirant la beauté d'une nature grandiose, en écoutant les récits rocambolesques de nos accompagnateurs, en lisant dans les astres les secrets de la nuit. Et lorsque scintillent les milliers étoiles, c'est comme si j'entendais au loin les échos du Petit Prince qui veut qu'on lui dessine un mouton ... Et là, l'instant ne se raconte plus mais ne peut que se vivre ...

Vous comprendrez alors que dans ces circonstances si particulières les rares rencontres prennent vite une dimension magique ...

Ma rencontre avec Sid Ahmed, en plein désert saharien, que rien ni personne n'aurait pu préméditée, est assez étonnante. Evoluant dans un monde à des années lumière l'un de l'autre, nous partageons pourtant la même conception de la vie et avons rapidement la sensation de nous connaître depuis bien longtemps. Des liens qui perduront certainement au-delà de la distance nous amèneront, je l'espère, à nous recroiser un jour, Inch'Allah, peut-être dans quelques mois au Sénégal ...
Celle avec Bahal est, par contre, elle, assez décevante mais me rapelle au moins que les rapports entre autochtones et touristes sont bien souvent intéressés, ou en tout cas bien compliqués. Néanmoins, nous aurons beaucoup ri et connu grâce à lui moultes mésaventures incroyables qui fabriquent ces inoubliables souvenirs ! 
Enfin, les rencontres diverses avec les habitants du désert, chameliers ou nomades, sont également marquantes. Après des heures de marche éprouvantes, c'est toujours une joie d'apercevoir, au loin, un campement de nomades qui dresse ses lourdes tentes traditionnelles en poil de dromadaire. D'abord parce que, dans les conditions d'isolement dans lequel nous nous trouvions durant plusieurs jours, même un camp nomade devient civilisation et que c'est bon d'avoir des contacts humains. Ensuite, parce que qui dit "campement" dit "puit" donc eau fraîche !

Je me souviens de cette jeune femme assise sous la khaïma, confectionnant patiemment sa semoule à la main, recouverte d'un voile noir de la tête aux pieds ... Ces yeux bruns et brillants parlaient d'eux-mêmes. Ils semblaient raconter la vie anachronique de ces familles nomades, leur hospitalité, leurs chants (que nous entendrons une fois au coucher du soleil), le respect de la terre dont ils dépendent tant ...
Autour de leur mère, les nombreux petits enfants, d'abord intimidés par notre présence mais vite familiarisés, plus que modestement vêtus, et pas encore en âge d'accompagner leur père aux rares et lointains oasis pour faire brouter leurs troupeaux de dromadaires et de chèvres, paraissent, eux, contrairement aux adultes, avoir du mal à trouver une occupation dans cet impressionnant dénuement.

Le dernier jour de marche, ayant accumulée pas mal de kilomètres dans les pattes depuis plusieurs jours, je choisis de monter le dromadaire en repartant du camp pour traverser un énième erg (massif dunaire). L'allure de notre chamelier, petit homme sec habillé d'un vieux boubou bleu et répétant inlassablement un "tss tss" pour faire avancer ses bêtes, m'est devenue familière. Monter le dromadaire aussi d'ailleurs. Savez-vous d'ailleurs que le dromadaire est l'animal le plus adapté au climat désertique qui règne dans les vastes contrées de la Mauritanie. Il peut, en effet, se contenter des végétaux les plus insignifiants et résistant à la soif, il peut rester près de 10 jours sans boire, grâce aux réserves d'eau qu'il emmagasine dans son immense panse. Moi, du haut de sa bosse, mon imagination, nourrie des histoires de la veillée et de mes lectures, est en ébullition ! Je vois, comme un mirage, les longues caravanes de ces nomades d'une époque maintenant révolue, chargées de barres de sel et d'or, arrivant doucement, dans l'ancienne capitale caravanière de Chinguetti, comme nous y arrivons, fatigués mais heureux, après 4 jours de marche.

Chinguetti, est en effet, comme Ouadane, une de ses villes historiques perdues dans les sables. Un énorme travail de désensablage a d'ailleurs été réalisé dans ses ruelles, car ici, encore plus qu'ailleurs, on se rend compte de la force du désert : les dunes mangent les arbres, grignotent les plateaux et envahissent les hommes.

Au crépuscule, on doute de la réalité du spectacle ! Derrière la vieille ville aux pierres rosées flamboyantes, nous vivrons un moment purement magique avec Séverine, Sidi Ahmed et Sidi, nos amis mauritaniens, sur les dunes de sable, qui, au coucher du soleil et au lever de la pleine lune, prirent des teintes d'incendie saisissantes !

Sur une route transaharienne, Chinguetti est aussi fameuse pour son architecture, son commerce et son rayonnement culturel. Elle possède quantité de trésors dans ses bibliothèques aux précieux manuscrits calligraphiés. La ville fut même la septième ville sainte de l'Islam, nous clama fièrement Saïf, descendant d'une famille propriétaire d'une de ces bibliothèques et drôle de bonhomme au savoir inestimable. Parodié par Bahal et Sid Ahmed, le récit plein de rebondissement de ce dernier, grand personnage de Chinguetti, nous valut d'ailleurs de nombreux fous-rire !

Nous prenons notre dernier petit déjeuner à Chinguetti avec l'équipe de la TV mauritanienne (une des trois chaînes existantes en Mauritanie) qui souhaitait nous interviewer la veille ! Juste un peu vexés d'avoir refusé leurs sollicitations, le journaliste et le cameraman entament la conversation café à la main, tartine de beurre à la bouche ...

Une heure plus tard, les petites habitations ocres de Chinguetti rappetissent dans le rétroviseur de notre taxi-brousse qui, en prenant la célèbre piste du Paris-Dakar pour Atar, laisse une trainée de poussière derrière elle, comme une fusée à la verticale !

A Atar, le début de la saison touristique démarre avec les premiers charters de fin octobre qui déversent des centaines de touristes chaque année. La ville, depuis notre départ, semble avoir perdue un peu de son authenticité; elle s'est mise en ébullition et s'est organisée pour se mettre au diapason de ces avions attendus comme l'arrivée d'un dieu vénéré.

Nous avons donc quitté le désert au bon moment !



Publié à 11:28, le 5/11/2007
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De Nouakchott à Atar (via Nouhadibou et Choum) (du 19 au 21 octobre 2007)

 

 

Aujourd'hui, nous partons en direction de la région de l'Adrar. Pour nous compliquer la tâche (mais surtout pour vivre une expérience, parait-il, hors du commun), nous décidons de prendre le fameux train qui transporte des minerais de Nouhadibou à Zouérate, un train unique au monde pour sa longueur de 2 km et ses 200 wagons.

Le long de la nationale entre Nouakchott et Nouhadibou, encore et toujours des étendues désertiques, tantôt rocheuses, tantôt dunaires. Des khaïmas, tentes carrées traditionnelles des nomades du désert, parsèment l'horizon.

 

A la "gare" de Nouhadibou, nous attendrons près de 7H notre fameux train retardé, qui doit nous conduire, à moins de 30km/h, dans la petite ville de Choum, située à 500 km d'ici, à l'est du pays.

L'attente est longue mais des plus instructives ! Nous aurons, en effet, le temps d'observer tous ces gens autour de nous (sur la cinquantaine de personnes présentes, nous sommes les deux seules occidentales) dans un cadre particulièrement typique. Imaginez un espèce de préau en ciment, aux allures désaffectées, tagué, posé au milieu de presque nul part, ou plutôt sur un immense terrain vague ... Imaginez ensuite, derrière, un cimetière de bateaux (c'est ainsi que l'endroit est appelé à cause des nombreuses épaves de navires rouillées qui pourrissent dans cette partie de la baie de Nouhadibou). Devant, une voie ferrée, bordées de sacs, de valises et de personnes allongées sur des couvertures salies de la terre rouge et sèche qui s'incruste dans les moindres recoins. Sous ce préau, enfin, éparpillées, des formes humaines qu'on devine à peine sous des melehfas, boubous et chèches qui recouvrent le moindre centimètre de peau et laissent entrevoir, dans une mince fente de tissu, des regards, pour la plupart, tournés dans notre direction et intrigués par notre présence.

Dans l'harmattan qui souffle et dans l'atmosphère chargée de poussière, assises par terre, comme tous les autres, nous goûtons au thé mauritanien qu'une main nous tend sous un amas d'étoffe bleu, et tentons de communiquer tant bien que mal avec tous ces inconnus qui viennent tour à tour assouvir leur curiosité en nous questionnant gentiment. Petit à petit, des femmes et des enfants s'assoient en rond près de nous, en faisant circuler aux unes et aux autres un grand bol rempli d'un liquide blanchâtre constitué de lait de chamelle, d'eau et de sucre.

La nuit est tombée depuis près de 2H lorsque, soudain, le bruit métallique du train fait lever tout ce beau monde précipitamment. Dans un bazar incroyable et dans l'obscurité (car il va sans dire qu'il n'y a d'électricité ni sous le préau, ni près des rails, ni dans le train), il faut jouer des pieds et des mains dans la bousculade pour monter dans l'un des deux seuls wagon passager. Je regarde furtivement, admirative, les nombreuses personnes qui montent parmi les 200 wagons de minerais à vide, au milieu des bagages et bétail, pour profiter d'un voyage gratuit mais au prix d'un enfer noir : celui de la poussière de charbon et du froid de la nuit.

Dans notre wagon-voyageur, en queue de train, meublée seulement de deux banquettes latérales en bois sur toute la longueur du compartiment, les gens crient en se balançant des sacs et des caisses, d'autres se jettent littéralement au sol pour s'assurer une place plus confortable couchée ... Comme les autres, nous n'avons guère le choix (nous comprenons vite que les hommes seront assis sur les banquettes en bois de côté, les femmes et les enfants allongées par terre malgré l'odeur d'urine et la noirceur du sol)... Nous nous installons alors rapidement sur le plancher ... L' atmosphère est assez glauque et lugubre.

Succède alors à cette bousculade, un moment hallucinant : je regarde tous ces gens qui, petit à petit, se calment et s'organisent ... Des ombres chinoises se dessinent à la lueur des bougies qui se sont allumées, des couvertures se sont étalées, de la nourriture sort des paquets poussiéreux ... les enfants ne tardent pas à s'endormir malgré le bruit des portières cassées donnant sur les rails et les secousses brutales. Dans la pénombre, j'ai l'impression d'assister à une pièce de théâtre ... Mon regard ne pourra se détacher de ce spectacle que lorsque mes paupières trop lourdes se fermeront à leur tour, bercées par le bruit pourtant infernal de la locomotive.

Dans ces conditions, ma nuit est évidemment agitée. Au réveil, je constate que j'ai changé de place; un enfant recroquevillé dort sur mes pieds, un voile noir me tourne le dos. A travers la fenêtre opaque, la pâleur du matin annonce une proche descente.

L'arrivée à Choum est assez mouvementée. Tout se fait aussi dans la précipitation : le train s'arrête encore une fois au milieu de nul part, en plein désert. Des 4x4 stationnent là, leur chauffeurs impatients et habitués sautent sur nous et sur les autres passagers alors que j'emjambe encore les corps éparpillés sur le sol du wagon.

De Choum à Atar, vautrées au milieu des sacs à l'arrière du 4x4, Séverine, moi et 6 autres mauritaniens nous tenons difficilement sous les secousses qui nous font nous cogner tantôt au plafond tantôt au armatures en fer. Nous apprécions quand même le voyage car nous traversons un paysage magnifique nouveau pour nous sur 120 km, soit 4h de piste.

Comme les hautes silhouettes des dromadaires le long de la piste, absorbées par un broutage pensif sous des acacias, je me laisse aller doucement en écoutant la musique française tourner en boucle dans mes oreilles. Des épineux et des touffes de sbât ponctuent ce paysage plat. Puis notre bolide, toujours tout en secousses, monte sur une piste en lacet jusqu'à un plateau rocailleux et traverse quelques villages anciens aux maisons de paille et de palmes avant d'atteindre Atar, bien différente des autres villes que nous connaissons de la Mauritanie jusqu'à présent.

Dans le camping plein de routards mécanisés coureurs du désert, nous optons, comme presque toujours, pour la khaïma, car en plus du côté typique, elle a l'avantage de présenter un hébergement modeste mais agréable et à un coût très économique.

Dans la petite ville tranquille d'Atar aux maisons en banco (torchis), nous pourrons vivre quelques moments authentiques comme cette petite réunion de femmes à la veillée au pas de porte, installées sur un tapis pour chanter la douceur du soir sur un rythme africain en frappant dans leurs mains, mais aussi comme ce couscous partagé chez Sidi, un atarien qui travaille (bien sûr) dans le domaine touristique.

 



Publié à 06:28, le 5/11/2007
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Nouakchott (du 16 au 19 octobre 2007)



Premier réveil en Mauritanie, à Nouakchott, au coeur de la capitale !

La fatigue de la veille m'a fait dormir plus tardivement, malgré la sueur qui perle dans mon dos, sous ma moustiquaire, dès le lever du soleil. 

A Nouakchott, il n'y a pas grand chose à voir. Vu d'en haut, la ville doit ressembler à un vaste campement en dur en plein désert.

Nous y restons quand même 3 jours, car il nous faut effectuer quelques formalités. Les démarches auprès des administrations mauritaniennes (banque, ministère, poste ...) sont une aventure à elles-seules et ne sont pas de tout repos surtout lorsque, baladées de service en service, il faut marcher sous un zénith accablant, dans un air irrespirable et le long des larges rues ensablées.

Nous nous rendons compte, lors de ce séjour dans la capitale, qu'ici cohabite une multitude de peuples d'origines différentes. Nous y rencontrons, en effet, plusieurs sénégalais, guinéens, congolais, maliens, européens ... ce qui nous permit de vivre des moments tout aussi riches que variés : avec des maures autour d'un thé mauritanien (comme au maroc, la cérémonie du thé semble ici être un véritable rituel d'accueil et de détente), avec des noirs africains pour terminer une soirée sur le rythme de djembés et d'un balafon; enfin, avec des européens, dans des lieux plus cossus et plus sophistiqués.

Le dernier jour, au port artisanal, nous assistons à l'arrivée des milliers de pirogues multicolores hissées sur la plage de sable sec, à mains d'hommes. Comme à Essaouira (bien que les ports n'aient rien de comparable), nous discutons avec plusieurs pêcheurs, des hommes vaillants et courageux, qui travaillent une journée entière en mer pour ne percevoir au final qu'un modeste revenu.

Le lendemain matin, aux aurores, nous quittons notre auberge et les quelques autres compatriotes français amoureux de l'Afrique avec qui nous avons sympathisé.

Comme à l'habitude, au "garage", nous devons user d'astuce auprès des taxis brousse pour le jeu de la négociation du prix de la course qui effectuera les 470 km qui nous sépare de Nouhadibou.

 



Publié à 09:46, le 1/11/2007
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De la frontière mauritanienne à Nouakchott (le 15 octobre 2007)

 

Le passage de la frontière est finalement assez rapide. Les douaniers ont le rire facile même si leur humour n’est pas forcément le mien !

Nous remercion d'ailleurss, au passage, nos trois « chercheurs d’or » d’avoir préféré Séverine aux 100 chameaux dans le troc que leur proposait, sous forme de boutade, un douanier intéressé !

 

L’arrivée à Nouhadibou (première ville du côté mauritanien) sera un moment marquant dans mon voyage. Le changement est, en effet, pour moi, assez radical par rapport au Maroc.

 

D’abord, la configuration de la ville qui ressemble à un grand chantier jamais terminé. Des briques et moellons alignés, empilés, font office de construction. La plupart des rues ne sont pas goudronnées.

Ensuite, tous ces gens qui semblent s’agiter, pêle-mêle, dans une « anarchie organisée ». J’observe, fascinée, ce spectacle hallucinant complètement nouveau pour moi : dans la poussière omniprésente, des chèvres sur les capots des véhicules garées, des charrettes tractées par des ânes surchargés, un terrain vague jonché de déchets, des épaves d’autos partout, des voitures défoncées qui roulent n’importe comment …

Ici, la plupart des hommes portent la tenue traditionnelle du drâa (grand drap blanc ou bleu clair brodé et percé d’un trou pour la tête) ainsi qu’un tissu servant de turban, appelé l’haouli. La majorité des femmes, quant à elles, se baladent habillées en boubous, et laissent parfois entrevoir le petit visage endormi de leur enfant dans le dos, au milieu des étoffes colorées.

 

Après une longue pause, nous continuons notre route avec Ramon (l’un des trois espagnols) jusqu’à Nouakchott, capitale mauritanienne.

Ce dernier, riche d’expériences avec la police et doué pour la négociation, parvient à échapper à presque tous les bakchichs que réclament les officiers, tout au long de notre parcours.

 

Cinq heures plus tard, après avoir manqué de percuter un dromadaire et croisé une voiture tout juste accidentée, nous nous enfilons, dans la nuit, épuisées, sous la moustiquaire d’un modeste lit.