Mel et Sev en Afrique de l'Ouest
1 passion commune, 2 voyageuses, 3 mois de préparation ... 123 c'est parti pour 4, 5 ou 6 mois d'aventures dans 7 pays d'Afrique ...

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De Nouakchott à Atar (via Nouhadibou et Choum) (du 19 au 21 octobre 2007)

 

 

Aujourd'hui, nous partons en direction de la région de l'Adrar. Pour nous compliquer la tâche (mais surtout pour vivre une expérience, parait-il, hors du commun), nous décidons de prendre le fameux train qui transporte des minerais de Nouhadibou à Zouérate, un train unique au monde pour sa longueur de 2 km et ses 200 wagons.

Le long de la nationale entre Nouakchott et Nouhadibou, encore et toujours des étendues désertiques, tantôt rocheuses, tantôt dunaires. Des khaïmas, tentes carrées traditionnelles des nomades du désert, parsèment l'horizon.

 

A la "gare" de Nouhadibou, nous attendrons près de 7H notre fameux train retardé, qui doit nous conduire, à moins de 30km/h, dans la petite ville de Choum, située à 500 km d'ici, à l'est du pays.

L'attente est longue mais des plus instructives ! Nous aurons, en effet, le temps d'observer tous ces gens autour de nous (sur la cinquantaine de personnes présentes, nous sommes les deux seules occidentales) dans un cadre particulièrement typique. Imaginez un espèce de préau en ciment, aux allures désaffectées, tagué, posé au milieu de presque nul part, ou plutôt sur un immense terrain vague ... Imaginez ensuite, derrière, un cimetière de bateaux (c'est ainsi que l'endroit est appelé à cause des nombreuses épaves de navires rouillées qui pourrissent dans cette partie de la baie de Nouhadibou). Devant, une voie ferrée, bordées de sacs, de valises et de personnes allongées sur des couvertures salies de la terre rouge et sèche qui s'incruste dans les moindres recoins. Sous ce préau, enfin, éparpillées, des formes humaines qu'on devine à peine sous des melehfas, boubous et chèches qui recouvrent le moindre centimètre de peau et laissent entrevoir, dans une mince fente de tissu, des regards, pour la plupart, tournés dans notre direction et intrigués par notre présence.

Dans l'harmattan qui souffle et dans l'atmosphère chargée de poussière, assises par terre, comme tous les autres, nous goûtons au thé mauritanien qu'une main nous tend sous un amas d'étoffe bleu, et tentons de communiquer tant bien que mal avec tous ces inconnus qui viennent tour à tour assouvir leur curiosité en nous questionnant gentiment. Petit à petit, des femmes et des enfants s'assoient en rond près de nous, en faisant circuler aux unes et aux autres un grand bol rempli d'un liquide blanchâtre constitué de lait de chamelle, d'eau et de sucre.

La nuit est tombée depuis près de 2H lorsque, soudain, le bruit métallique du train fait lever tout ce beau monde précipitamment. Dans un bazar incroyable et dans l'obscurité (car il va sans dire qu'il n'y a d'électricité ni sous le préau, ni près des rails, ni dans le train), il faut jouer des pieds et des mains dans la bousculade pour monter dans l'un des deux seuls wagon passager. Je regarde furtivement, admirative, les nombreuses personnes qui montent parmi les 200 wagons de minerais à vide, au milieu des bagages et bétail, pour profiter d'un voyage gratuit mais au prix d'un enfer noir : celui de la poussière de charbon et du froid de la nuit.

Dans notre wagon-voyageur, en queue de train, meublée seulement de deux banquettes latérales en bois sur toute la longueur du compartiment, les gens crient en se balançant des sacs et des caisses, d'autres se jettent littéralement au sol pour s'assurer une place plus confortable couchée ... Comme les autres, nous n'avons guère le choix (nous comprenons vite que les hommes seront assis sur les banquettes en bois de côté, les femmes et les enfants allongées par terre malgré l'odeur d'urine et la noirceur du sol)... Nous nous installons alors rapidement sur le plancher ... L' atmosphère est assez glauque et lugubre.

Succède alors à cette bousculade, un moment hallucinant : je regarde tous ces gens qui, petit à petit, se calment et s'organisent ... Des ombres chinoises se dessinent à la lueur des bougies qui se sont allumées, des couvertures se sont étalées, de la nourriture sort des paquets poussiéreux ... les enfants ne tardent pas à s'endormir malgré le bruit des portières cassées donnant sur les rails et les secousses brutales. Dans la pénombre, j'ai l'impression d'assister à une pièce de théâtre ... Mon regard ne pourra se détacher de ce spectacle que lorsque mes paupières trop lourdes se fermeront à leur tour, bercées par le bruit pourtant infernal de la locomotive.

Dans ces conditions, ma nuit est évidemment agitée. Au réveil, je constate que j'ai changé de place; un enfant recroquevillé dort sur mes pieds, un voile noir me tourne le dos. A travers la fenêtre opaque, la pâleur du matin annonce une proche descente.

L'arrivée à Choum est assez mouvementée. Tout se fait aussi dans la précipitation : le train s'arrête encore une fois au milieu de nul part, en plein désert. Des 4x4 stationnent là, leur chauffeurs impatients et habitués sautent sur nous et sur les autres passagers alors que j'emjambe encore les corps éparpillés sur le sol du wagon.

De Choum à Atar, vautrées au milieu des sacs à l'arrière du 4x4, Séverine, moi et 6 autres mauritaniens nous tenons difficilement sous les secousses qui nous font nous cogner tantôt au plafond tantôt au armatures en fer. Nous apprécions quand même le voyage car nous traversons un paysage magnifique nouveau pour nous sur 120 km, soit 4h de piste.

Comme les hautes silhouettes des dromadaires le long de la piste, absorbées par un broutage pensif sous des acacias, je me laisse aller doucement en écoutant la musique française tourner en boucle dans mes oreilles. Des épineux et des touffes de sbât ponctuent ce paysage plat. Puis notre bolide, toujours tout en secousses, monte sur une piste en lacet jusqu'à un plateau rocailleux et traverse quelques villages anciens aux maisons de paille et de palmes avant d'atteindre Atar, bien différente des autres villes que nous connaissons de la Mauritanie jusqu'à présent.

Dans le camping plein de routards mécanisés coureurs du désert, nous optons, comme presque toujours, pour la khaïma, car en plus du côté typique, elle a l'avantage de présenter un hébergement modeste mais agréable et à un coût très économique.

Dans la petite ville tranquille d'Atar aux maisons en banco (torchis), nous pourrons vivre quelques moments authentiques comme cette petite réunion de femmes à la veillée au pas de porte, installées sur un tapis pour chanter la douceur du soir sur un rythme africain en frappant dans leurs mains, mais aussi comme ce couscous partagé chez Sidi, un atarien qui travaille (bien sûr) dans le domaine touristique.

 


Publié à 06:28, le 5/11/2007
Commentaires (1) | Ajouter un commentaire | Lien

bonjour Mèl!

Tes récits sont toujours aussi captivants, d'une intense sensibilité et d'une émouvante authenticité. Je vois que le voyage se passe bien et réponds à tes attentes, ta recherche du contact du contact humain, de l'intimité de l'instant et de la beauté du site ...Mais dis donc vu d'ici ...heureusement qu'il ne faut pas se faire de souci... A des milliers de kilomêtres de ton périple, ma notion de protection paternelle ( quoique un peu exagérée, je l'avoue) en prends un sérieux dans la description de tes déplacements ... J'espère que tu pensera à te connecter plus personnellement avé nous. Mais , continue d' écrire des textes comme ceux-ci, on adore et on partage. Voilà !
A bientôt, vis pleinement ces bons moments qui t'enrichissent et enrichissent ton entourage. J'attends déjà égoistement ton retour afin d'échanger cet expérience et de "vivre, comme Ulysse après un beau voyage auprès de ses parents le reste de ton âge. Ca je l'ai déjà écrit et j'en doute encore beaucoup (lol)
Enormes bisous ma fille et à bientôt de te parler.
Ton angoisé de père !!!

Publié par Anonymous à 05:34, 6/11/2007

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