Mel et Sev en Afrique de l'Ouest
1 passion commune, 2 voyageuses, 3 mois de préparation ... 123 c'est parti pour 4, 5 ou 6 mois d'aventures dans 7 pays d'Afrique ...

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L'Adrar (du 21 au 27 octobre 2007)



Comme bien souvent, petit changement de programme de dernière minute ce matin. Convaincu par Sidi, le jeune mauritanien qui nous invita chez lui la veille, nous décidons de tenter l'aventure du désert en novices méharistes.

Nous voilà donc parties en compagnie de Bahal, un guide rapidement rencontré dans le centre d'Atar. Pour nous rendre à Ouadane, dans le désert de l'Adrar, nous empruntons une superbe route à travers la montagne puis une piste à travers un reg, c'est à dire d'immenses étendues caillouteuses.

Blottie dans son écrin de sable rouille, au coeur du désert des hommes voilés, Ouadane est une ancienne cité caravanière, habitée aujourd'hui par 2000 habitants et classée Patrimoine de l'UNESCO. Chargée d'histoire, elle fut une halte célèbre pour les méharées au carrefour des routes nord-sud et fut un point de rencontre important pour son commerce de sel, d'or, d'ivoire et d'épices surtout entre le Soudan français (actuel Mali) et le Maghreb.

Lorsque le soleil décline à l'horizon, j'admire d'en bas, assise sur des coussins rouges et dorés, autour du thé qui se prépare, la lumière cuivrée des murs de la vieille ville que nous venons de visiter. Sur les contreforts de son promontoire rocheux orange, Ouadane dévoile les mystères du désert dans son panel de couleurs chaudes crépusculaires. A ses pieds, l'ensemble des palmiers forme un socle sur lequel l'édifice semble flotter.

Dans ce décor sublime, allongées dehors sur des matelas et des tapis, et toujours autour de l'incontournable thé, la soirée dure assez tard dans la nuit malgré l'absence d'électricité au-delà d'une certaine heure. De temps en temps, on entend dans un des cercles constitués quelques rires étouffés et l'ambiance tranquille, à la lueur des lampes à pétrole, est au papotage : anecdotes des circuits dans le désert avec Bahal et Sid Ahmed (guides touristiques du désert), discussion sur la culture mauritanienne avec Zaïda (propriétaire de l'auberge où nous dormons), souvenirs de voyages et échanges d'infos avec six autres globe-trotters français ...

Notre trek à travers le désert qui démarra le lendemain et dura 4 jours fut une vraie aventure !
Pour parcourir la centaine de kilomètres qui séparent Ouadane de Chinguetti où nous souhaitons nous rendre à pied, Bahal s'est occupé de trouver un chamelier et de charger sur les dromadaires matériel de cuisine, grosses jerricans d'eau, tapis et nattes ...
Ces quelques jours dans le désert, sur les traces des célèbres Saint Exupéry, Théodore Monod ou encore René Caillié, furent, pour moi, un temps fort du voyage !

Une telle expérience force à la méditation ...
D'abord à cause des paysages traversés : des plateaux rocheux arides aux massifs dunaires impénétrables, les dégradés de tons racontent toute l'histoire du Sahara : la pureté du blanc, la sérénité du beige, la douceur du rose, la chaleur de l'orange, la passion du pourpre, la force naturelle du marron, l'immensité du gris et le mystère du noir.
En plus de cet environnement déconcertant, il y a aussi toutes ces émotions qui surgissent du fait qu'on se retrouve ici, seuls, au milieu du légendaire Sahara ... Seuls à marcher sous les rayons du soleil, qui brûlent tout sur leur passage (44° à l'ombre) ... Seuls avec le silence et le vent de sable ... Seuls, dans l'harmattan soufflant les murmures d'une nuit qui s'annonce fraîche et étoilée.  

Lorsque la lune pâlit entre les plis des dunes, nous nous réunissons autour du feu pour un méchoui ou pour un thé, et veillons en admirant la beauté d'une nature grandiose, en écoutant les récits rocambolesques de nos accompagnateurs, en lisant dans les astres les secrets de la nuit. Et lorsque scintillent les milliers étoiles, c'est comme si j'entendais au loin les échos du Petit Prince qui veut qu'on lui dessine un mouton ... Et là, l'instant ne se raconte plus mais ne peut que se vivre ...

Vous comprendrez alors que dans ces circonstances si particulières les rares rencontres prennent vite une dimension magique ...

Ma rencontre avec Sid Ahmed, en plein désert saharien, que rien ni personne n'aurait pu préméditée, est assez étonnante. Evoluant dans un monde à des années lumière l'un de l'autre, nous partageons pourtant la même conception de la vie et avons rapidement la sensation de nous connaître depuis bien longtemps. Des liens qui perduront certainement au-delà de la distance nous amèneront, je l'espère, à nous recroiser un jour, Inch'Allah, peut-être dans quelques mois au Sénégal ...
Celle avec Bahal est, par contre, elle, assez décevante mais me rapelle au moins que les rapports entre autochtones et touristes sont bien souvent intéressés, ou en tout cas bien compliqués. Néanmoins, nous aurons beaucoup ri et connu grâce à lui moultes mésaventures incroyables qui fabriquent ces inoubliables souvenirs ! 
Enfin, les rencontres diverses avec les habitants du désert, chameliers ou nomades, sont également marquantes. Après des heures de marche éprouvantes, c'est toujours une joie d'apercevoir, au loin, un campement de nomades qui dresse ses lourdes tentes traditionnelles en poil de dromadaire. D'abord parce que, dans les conditions d'isolement dans lequel nous nous trouvions durant plusieurs jours, même un camp nomade devient civilisation et que c'est bon d'avoir des contacts humains. Ensuite, parce que qui dit "campement" dit "puit" donc eau fraîche !

Je me souviens de cette jeune femme assise sous la khaïma, confectionnant patiemment sa semoule à la main, recouverte d'un voile noir de la tête aux pieds ... Ces yeux bruns et brillants parlaient d'eux-mêmes. Ils semblaient raconter la vie anachronique de ces familles nomades, leur hospitalité, leurs chants (que nous entendrons une fois au coucher du soleil), le respect de la terre dont ils dépendent tant ...
Autour de leur mère, les nombreux petits enfants, d'abord intimidés par notre présence mais vite familiarisés, plus que modestement vêtus, et pas encore en âge d'accompagner leur père aux rares et lointains oasis pour faire brouter leurs troupeaux de dromadaires et de chèvres, paraissent, eux, contrairement aux adultes, avoir du mal à trouver une occupation dans cet impressionnant dénuement.

Le dernier jour de marche, ayant accumulée pas mal de kilomètres dans les pattes depuis plusieurs jours, je choisis de monter le dromadaire en repartant du camp pour traverser un énième erg (massif dunaire). L'allure de notre chamelier, petit homme sec habillé d'un vieux boubou bleu et répétant inlassablement un "tss tss" pour faire avancer ses bêtes, m'est devenue familière. Monter le dromadaire aussi d'ailleurs. Savez-vous d'ailleurs que le dromadaire est l'animal le plus adapté au climat désertique qui règne dans les vastes contrées de la Mauritanie. Il peut, en effet, se contenter des végétaux les plus insignifiants et résistant à la soif, il peut rester près de 10 jours sans boire, grâce aux réserves d'eau qu'il emmagasine dans son immense panse. Moi, du haut de sa bosse, mon imagination, nourrie des histoires de la veillée et de mes lectures, est en ébullition ! Je vois, comme un mirage, les longues caravanes de ces nomades d'une époque maintenant révolue, chargées de barres de sel et d'or, arrivant doucement, dans l'ancienne capitale caravanière de Chinguetti, comme nous y arrivons, fatigués mais heureux, après 4 jours de marche.

Chinguetti, est en effet, comme Ouadane, une de ses villes historiques perdues dans les sables. Un énorme travail de désensablage a d'ailleurs été réalisé dans ses ruelles, car ici, encore plus qu'ailleurs, on se rend compte de la force du désert : les dunes mangent les arbres, grignotent les plateaux et envahissent les hommes.

Au crépuscule, on doute de la réalité du spectacle ! Derrière la vieille ville aux pierres rosées flamboyantes, nous vivrons un moment purement magique avec Séverine, Sidi Ahmed et Sidi, nos amis mauritaniens, sur les dunes de sable, qui, au coucher du soleil et au lever de la pleine lune, prirent des teintes d'incendie saisissantes !

Sur une route transaharienne, Chinguetti est aussi fameuse pour son architecture, son commerce et son rayonnement culturel. Elle possède quantité de trésors dans ses bibliothèques aux précieux manuscrits calligraphiés. La ville fut même la septième ville sainte de l'Islam, nous clama fièrement Saïf, descendant d'une famille propriétaire d'une de ces bibliothèques et drôle de bonhomme au savoir inestimable. Parodié par Bahal et Sid Ahmed, le récit plein de rebondissement de ce dernier, grand personnage de Chinguetti, nous valut d'ailleurs de nombreux fous-rire !

Nous prenons notre dernier petit déjeuner à Chinguetti avec l'équipe de la TV mauritanienne (une des trois chaînes existantes en Mauritanie) qui souhaitait nous interviewer la veille ! Juste un peu vexés d'avoir refusé leurs sollicitations, le journaliste et le cameraman entament la conversation café à la main, tartine de beurre à la bouche ...

Une heure plus tard, les petites habitations ocres de Chinguetti rappetissent dans le rétroviseur de notre taxi-brousse qui, en prenant la célèbre piste du Paris-Dakar pour Atar, laisse une trainée de poussière derrière elle, comme une fusée à la verticale !

A Atar, le début de la saison touristique démarre avec les premiers charters de fin octobre qui déversent des centaines de touristes chaque année. La ville, depuis notre départ, semble avoir perdue un peu de son authenticité; elle s'est mise en ébullition et s'est organisée pour se mettre au diapason de ces avions attendus comme l'arrivée d'un dieu vénéré.

Nous avons donc quitté le désert au bon moment !


Publié à 11:28, le 5/11/2007
Commentaires (2) | Ajouter un commentaire | Lien

Quel périple!

Salut
Enfin des nouvelles, je commencais à m'impatienté mais cela valait le coup d'attendre. Continuer bien votre voyage.
A plus tard sur votre blog pour d'autres news
Bye Bye

Publié par Cécile à 09:56, 6/11/2007

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bisous Mèl!

Tes récits sont toujours aussi captivants, d'une intense sensibilité et d'une émouvante authenticité. Je vois que le voyage se passe bien et répond à tes attentes, ta recherche du contact du contact humain, de l'intimité de l'instant et de la beauté du site ...Mais dis donc vu d'ici ...heureusement qu'il ne faut pas se faire de souci... A des milliers de kilomêtres de ton périple, ma notion de protection paternelle ( quoique un peu exagérée, je l'avoue) en prends un sérieux dans la description de tes déplacements ... J'espère que tu pensera à te connecter plus personnellement avé nous. Mais , continue d' écrire des textes comme ceux-ci, on adore et on partage. Voilà !
A bientôt, vis pleinement ces bons moments qui t'enrichissent et enrichissent ton entourage. J'attends déjà égoistement ton retour afin d'échanger cet expérience et de "vivre, comme Ulysse après un beau voyage auprès de ses parents le reste de ton âge. Ca je l'ai déjà écrit et j'en doute encore beaucoup (lol)
Enormes bisous ma fille et à bientôt de te parler.
Ton angoisé de père !!!

Publié par Anonymous à 05:36, 6/11/2007

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